Maxime Pedneaud-Jobin

Maire de la Ville de Gatineau

Première étape - Citation patrimoniale du Quartier du Musée

Première étape importante aujourd'hui dans le dossier de la citation patrimoniale du Quartier du Musée. Le travail ne fait que commencer, et je suis confiant que les prochaines semaines et mois nous permettront de dégager une position qui rassemblera l'appui du plus grand nombre possible d'élus. Voici le texte que j'ai lu aujourd'hui sur le sujet.

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Le Quartier du Musée

Préserver et mettre en valeur le patrimoine c’est honorer celles et ceux qui sont passés avant nous, mais c’est surtout donner des racines à nos enfants. C’est pouvoir leur expliquer, devant des édifices témoins de notre passé, à quel point nos ancêtres ont travaillé. D’abord dans la forêt et sur nos rivières, dans des conditions climatiques parmi les plus dures au monde. Ils ont souffert dans leur corps, ils ont été exploités, ils ont défendu leurs droits, ils ont bâti une société meilleure, une ville dont nous sommes fiers. Le quartier du musée rassemble des familles qui ont réussi, des familles qui se sont sorties, et qui nous ont sortis, de la pauvreté pour nous amener dans la modernité. C’est le premier quartier bourgeois francophone de notre ville, le seul qui reste. C’est le symbole de notre réussite, de notre passage des camps de bûcherons, des usines d’allumettes où nos aïeules perdaient leur santé, vers la réussite économique, l’instruction, la vie plus douce.

Certains pays ont des châteaux à mettre en valeur, des manoirs, des champs de bataille, un passé vieux de mille ans. Nous n’avons pas tout ça. Nous avons des maisons allumettes. Quelques vieilles usines. Quelques sites archéologiques. Et des maisons des bourgeois de l’époque. Il nous en reste dans quelques coins de Gatineau, mais le quartier le plus complet, le plus représentatif de notre histoire, c’est le quartier du Musée.

La maison de la famille Sanche se trouve dans le quartier du musée, et c’est une famille grâce à laquelle l’Outaouais rivalisait avec Montréal dans le domaine du théâtre. La maison Monnin-Burger est elle aussi dans le quartier, madame Monnin a été une des premières grandes femmes d’affaires de la région. La maison Bourque y est aussi, les Bourque étaient une famille de bâtisseurs.

À une certaine époque, nous pouvions parler de la beauté de l’ancien hôtel de ville de Hull, de l’extraordinaire bureau de poste de Buckingham, de l’ancien hôtel de ville de Templeton, tout en bois, des châteaux Maclaren, de l’église Notre-Dame, du Standish Hall, et j’en passe. Tous les édifices que je viens de nommer ont été détruits. Tous. Parfois par le feu, souvent par nous-mêmes.

Il faut que ça arrête.

Nos outils de planification (PU, PPU, PIIA) sont des règles qui nous permettent de construire notre ville avec cohérence, d’ordonner notre développement pour qu’il se fasse dans le respect de notre propre vision d’avenir.

La planification encadre nos choix. Pour en arriver à cette vision, pour en arriver à notre programme particulier d’urbanisme, nous, Gatinois, avons investi plus de deux ans de réflexion et de débats dans de nombreuses consultations publiques. Des centaines de citoyens, d’entreprises, d’experts, ont participé. Notre processus de consultation publique a remporté des prix. Nous avons discuté, fait des compromis, débattu des endroits où nous voulions de la hauteur, des endroits où nous voulions moins de densité, des endroits dont l’histoire est importante, d’autres qui doivent être modernisés, des endroits pour les commerces, d’autres pour les familles. Par la suite, pendant presque 10 ans, des parents, des personnes âgées, des jeunes familles, des entreprises ont fait des choix, ont fait des investissements, ont choisi leur quartier, leur milieu de vie en fonction de cette planification. Ne pas protéger le quartier du musée, c’est briser le contrat que nous avons avec eux.

La création d’un site du patrimoine pour le quartier du musée s’inscrit aussi dans les orientations de développement de la capitale, notamment le respect de la vision de mise en valeur du boulevard de la Confédération, qui inclut la mise en valeur du patrimoine local et d’une architecture à échelle humaine.

J’ai visité des terrains où des tours sont prévues et autorisées à notre PPU. Certains ont parlé de la Fonderie où la taille du terrain permet à peu près n’importe quel aménagement. D’autres ont parlé des terrains Zibi, immenses eux aussi, tout aussi près du Parlement, et il y en a d’autres. Comme ville, nous avons prévu des endroits où des projets d’envergure sont possibles. Il y a plusieurs endroits pour des condos, pour des hôtels, pour des observatoires. Nous pouvons dire oui au quartier du Musée, et voir des projets monter ailleurs.

Il n’y a jamais eu autant d’activité économique au centre-ville, particulièrement de l’activité immobilière. Le projet Zibi vaut 1.5 milliard, le groupe Heafey-Dubé a pour 450 millions de projets et les autres promoteurs en ont collectivement au moins pour le double. La rénovation des édifices Chaudières est un investissement qui pourrait s’élever à 800 millions, celui des phases Portages à plus d’un milliard, tout cela dans les années qui viennent. Tous ces projets-là respectent notre vision pour Gatineau.

Et il y en a aussi ailleurs à Gatineau : le projet du cœur du Plateau et celui des ambassades Champlain dépassent les deux milliards, chacun, l’agrandissement des archives sur la Cité monte quant à lui à 400 millions. Nous n’avons pas besoin de sacrifier une partie de notre histoire pour développer notre économie, notre économie va très bien, en particulier au centre-ville.

En fait, s’il y a une époque où nous pouvons nous permettre de la rigueur dans le développement de notre ville, c’est maintenant.

Conclusion

Faire un projet d’envergure restera possible, ailleurs, à des endroits, et ils sont nombreux, où il pourrait devenir un élément positif pour l’ensemble de la communauté. Mais le Quartier du Musée est unique, imparfait, mais unique et irremplaçable. Protéger le quartier, c’est célébrer le courage des gens qui sont passé avant nous, c’est nous célébrer nous-mêmes.

Chers collègues, je vous demande d’inscrire votre nom dans la courte liste, dans la trop courte liste des élus municipaux qui ont voulu protéger les quelques traces encore visibles d’un passé dont nous pouvons être fiers.

 

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